He aquí una entrevista a Fausto Giudice por Siman Khoury en el programa #PalestinosPorElMundo de WOW TV El Salvador

MinneapolICE : bien qu'il soit citoyen US, Mubashir a été
pris pour cible par l'ICE
Somalophobie en action
MinneapolICE: Despite being a U S citizen Mubashir was
targeted by ICE assault
Somali-bashing by ICE
MinneapolICE: aunque es ciudadano usamericano, Mubashir fue
blanco de ICE
Somalofobía en acción
He aquí una entrevista a Fausto Giudice por Siman Khoury en el programa #PalestinosPorElMundo de WOW TV El Salvador
Fausto Giudice, 13/10/2025
Pour ceux qui comme moi ont l’âge de se souvenir des années 1960 et 1970 qu’ils ont vécu, le mouvement de révolte de la jeunesse malgache de ces dernières semaines ne pouvait qu’évoquer une autre révolte, celle de mai 1972, qui vit la chute du président hémiplégique Philibert Tsiranana, un pur produit de la Françafrique foccartienne : il avait commencé sa carrière politique, tout comme l’Ivoirien Houphouët-Boigny, sous la houlette du Parti communiste français avant de glisser, Mitterrand et Deferre puis Foccart aidant, vers une variante indocéanienne de la « social-démocratie » coloniale [très peu sociale et pas du tout démocratique].
Tsiranana avait hérité d’une grande île où tous les éléments nuisibles pour la
Françafrique avaient été éradiqués par les massacres de 1947. Il allait tenir au
pouvoir 12 ans, avant de se faire balayer par le soulèvement d'avril-mai 1972.
Celui-ci était une insurrection contre la « coopération », terme
élégant pour qualifier l’incroyable joug colonial français maintenu après l’indépendance
dans tous les domaines, à commencer par l’enseignement à tous les niveaux, de
la maternelle à l’Université. C’était en premier lieu ce contre quoi les lycéens
et étudiants se révoltaient. Tout était décidé depuis Paris, jusqu’aux
menus des restaurants universitaires. Formés en France ou par des Français, les
fonctionnaires, militaires, gendarmes et policiers n’étaient que des
photocopies des originaux de Madame la France. Ici, les CRS s’appelaient les FRS.
En apprenant que le président Rajoelina
-un putschiste ensuite sanctifié par des élections -venait d’être exfiltré du
pays par un avion militaire français -vers La Réunion, Dubaï, ou autre site de
ses comptes bancaires -, je me suis demandé ce qui avait vraiment changé en 50
ans, si les prépondérants n’avaient pas tout simplement maintenu leur mainmise
sur l’Île Rouge.
La jeunesse malgache de 2025, ce
sont les petits-enfants de la jeunesse de 1972-1975. Les grands-parents étaient
étudiants, lycéens, fonctionnaires, infirmières et précaires/chômeurs. Dans Antananarivo,
30 000 des 250 000 habitants étaient des « chômeurs » et ce
fut leur aile marchante organisée, les ZOAM, qui assura la protection des manifestants
et les ripostes musclées à la répression.
Les ZOAM, c’est tout un roman.
Tsiranana s’était mis définitivement la jeunesse à dos en les traitant dans un
discours de fumeurs de marie-jeanne.
Au départ, ils s’appelaient les ZWAM et on les reconnaissait à leur chapeau de cow-boy. ZWAM = Zatovo
Western Andevo Malagasy, Amicale malgache des amateurs de western. Aficionados
de westerns spaghetti, leur idole était Clint Eastwood dans les films de Sergio
Leone. Jeunes précaires-chômeurs des bidonvilles et des quartiers pouilleux de
la capitale, ils apportèrent tout leur savoir-faire de guerriers urbains se
revendiquant comme descendants d’esclaves aux jeunes des classes moyennes ayant
initié la révolte, peu rompus à la castagne. En mai 1972, ils changeront de nom pour devenir les
ZOAM + Zatovo Orin'Asa Malagasy, Jeunes chômeurs malgaches.
Leurs descendants ne sont plus
nourris par les westerns et les BD, mais par les anime japonais et tout ce qui
circule sur les médias en ligne. Leur situation est tout aussi précaire, ils
ont le choix entre être livreur de pizza, employé·e de call center, esclave
dans une usine textile chinoise ou esclave numérique pour Google & Co.. Et
leur génération est absolument majoritaire : plus de 50% des 32 millions
de Malgaches ont moins de 20 ans. Un véritable dépôt de barils de poudre.
Je vous propose ci-dessous une
note synthétique rédigée par nos services d'analyse, comparant le mouvement de 1972 et celui de 2025.
Madagascar — Révoltes de 1972 et 2025 : fiche comparative
Résumé
·
Dans
les deux cas, une mobilisation de jeunesse urbaine déclenche une crise de
régime. Rôle déterminant de l'armée.
·
1972
bascule rapidement vers une transition militaire (Ramanantsoa). En 2025, la
crise est plus longue et segmentée, désormais marquée par l'exfiltration du
président Rajoelina par un avion militaire français.
·
Probable
trajectoire à 6 mois : transition civile supervisée par des garants (UA/SADC),
avec garanties sécuritaires et calendrier électoral court.
Chronologie
éclair 2025
·
25–29
sept. : marches étudiantes/jeunesse sur fond d'eau/électricité & vie chère
; heurts et victimes ; dissolution du gouvernement.
·
Début
oct. : segments militaires (dont CAPSAT) se désolidarisent ; l'exécutif parle
de « tentative de coup ».
·
12–13
oct. : exfiltration de Rajoelina hors du territoire
par avion militaire français ; vacance de facto et recomposition des loyautés.
Comparatif
1972 / 2025 (synthèse)
|
Axe |
1972 (rotaka) |
2025 (au 13 oct.) |
|
Déclencheur |
Universités, anti-colonialisme,
contenu éducatif |
Eau/électricité, coût de la
vie, gouvernance |
|
Protagonistes sociaux |
Étudiants/lycéens
d'Antananarivo |
Jeunesse/étudiants (« Gen Z »),
quartiers urbains |
|
Pouvoir en place |
Prés. Philibert Tsiranana (PSD) |
Prés. Andry Rajoelina (réélu
2023) |
|
Rôle de l'armée |
Arbitre : transition sous gén.
Ramanantsoa |
Factions : CAPSAT &
gendarmerie se désolidarisent |
|
Moment-clé |
13 mai : répression, bascule
politique |
12–13 oct. : exfiltration du
président hors du pays |
|
Issue/état |
Transition militaire actée |
Crise ouverte ; vacance de
facto, issue en débat |
Scénarios
possibles (4ème trimestre 2025 → 1er trimestre 2026)
|
Scénario |
Mécanique |
Probabilité (estimation) |
|
Transition civile supervisée |
Intérim institutionnel +
garanties UA/SADC + calendrier court |
En hausse |
|
Transition militaire « arbitre
» |
Officiers/CAPSAT imposent
l'intérim → élections |
Moyenne–haute |
|
Présidence en exil |
Rajoelina dirige de l'étranger
; dualité de légitimités |
Moyenne |
|
Durcissement répressif |
État d'urgence renforcé par
loyalistes restants |
Moyenne-faible |
|
Fragmentation locale |
Pouvoirs concurrents, économie
de crise |
Faible-moyenne |
Signaux
précoces à surveiller
·
Annonce
d'un intérim crédible (Sénat/Conseil constitutionnel ou figure consensuelle).
·
Position
officielle des segments militaires (CAPSAT, gendarmerie, état-major).
·
Médiations
UA (Union Africaine)/CDAA (Communauté de développement d'Afrique australe)/FFKM
(Conseil chrétien des Églises à Madagascar) et modalités d'un calendrier
électoral.
·
Mesures
d'urgence sur eau/électricité (plan de délestage, financement d'appoint).
· Posture de la France et des partenaires (reconnaissance, facilitation, neutralité).
Milena Rampoldi und Fausto Giudice, 3. August 2025
ProMosaik Poetry hat in Zusammenarbeit mit der Glokalen Werkstatt die zweisprachige Sammlung (in französischer und deutscher Sprache) des algerischen Dichters Kadda Benkhira mit dem Titel “Humeurs/Stimmungen” veröffentlicht. In diesem Gespräch beantwortet der Dichter unsere Fragen.
Wie bist du Dichter geworden?
Ich glaube, dass meine
Vorliebe für Poesie in der Grundschule begann. Um uns mit der französischen
Sprache vertraut zu machen, gab uns der Lehrer oft ein Gedicht, das wir
auswendig lernen und am nächsten Tag im Unterricht vortragen sollten. Aber es ging
nicht nur um das Vortragen von Poesie. Ich hatte mich auch daran gewöhnt, jedes
Wochenende einen großen Souk zu besuchen, wo nicht nur Lebensmittel zum Verkauf
angeboten wurden, sondern auch Flötenspieler, die Schlangen zum Tanzen
brachten, und Sänger da waren. Was mich an diesem sehr lebendigen Ort
interessierte, waren vor allem diese Leute, die eine ganze besondere Fähigkeit
besaßen, Geschichten über verschiedene Themen zu erzählen und sie sehr
attraktiv zu gestalten. Sie besaßen auch die Kunst, Gedichte in einer sehr
klaren Sprache für das Volk vorzutragen.. Später begann ich, klassische
arabische Poesie zu hören und auf Französisch alle Gedichtbände zu lesen, die
ich in die Finger bekam... So wurde ich Dichter.
Schränkt die Tatsache,
dass du in französischer Sprache schreibst - laut Kateb Yacine gilt diese ja
als „Kriegsbeute“ - nicht die Reichweite deiner Gedichte in Algerien ein?
Ja, das stimmt. Die
Reichweite meiner Gedichte in Algerien ist aufgrund dessen eingeschränkt. Aber
ich möchte hinzufügen, dass „diese Kriegsbeute“, unabhängig von ihrer
Bedeutung, irgendwann verschwinden wird. Denn es vergeht kein Tag, an dem die
Sprache meiner Vorfahren nicht Schritt für Schritt das Land zurückerobert,
dessen sie beraubt wurde. In aller Ruhe wird die Sprache unserer Vorfahren
ihren ganz natürlichen Stellenwert auf der Welt wieder einnehmen. Und was gibt
es Schöneres, Edleres und Natürlicheres für ein Volk, als seine Sprache
wiederzufinden!...
In der algerischen Verfassung
ist die arabische Sprache seit der Unabhängigkeit der Landes als National- und
Amtssprache verankert. Französisch gilt als Fremdsprache.
Man darf ja nicht außer Acht
lassen, dass die Barbarei des französischen Kolonialismus in Algerien 132 Jahre
dauerte. Wir können diese Sprache nicht aus unserer Heimat verbannen, wie wir
beispielsweise einen alten Nagel aus einem Brett entfernen. Denn dafür braucht es
Zeit und viel Geduld...
Heute bevorzugen die meisten
jungen Algerierinnen und Algerier bei weitem Englisch gegenüber Französisch.
Übrigens hat die Regierung im
nächsten Schuljahr beschlossen, ab der Grundschule mit dem Englischunterricht
zu beginnen... „Wenn Französisch, sagte der Präsident, Kriegsbeute ist, ist
Englisch eine internationale Sprache.“ Das ist absolut klar...
Ich habe auch bemerkt, dass
junge Menschen anfangen, sich ernsthaft für andere Sprachen wie Spanisch,
Italienisch und Türkisch zu interessieren...
Persönlich werde ich auch in
Zukunft in französischer Sprache schreiben, da sie für mich (wie alle anderen
Sprachen) ein Kommunikationsmittel ist. Und ich bin sicher, dass meine Gedichte
ins Arabische übersetzt werden. So werde ich die LeserInnen wiederfinden, die
mir durch die „Kriegsbeute“ abhandengekommen sind ...
Aber auch ein Schriftsteller
(oder ein Dichter), dessen Land nie kolonisiert wurde, kann seine Sprache nur
in seinem Land bekannt machen. Wenn er seine Grenzen überschreiten will, wenn
er berühmt werden will, muss er sich unbedingt an diese sehr ehrenwerte Dame
wenden, und zwar an die ÜBERSETZUNG...
Gibt es heute in
Algerien eine „poetische Szene“ und Austausch und Begegnungen zwischen Dichtern
und rund um die Poesie?
Ja! Der Poesie werden immer
mehr Bereiche gewidmet. Und ich muss sagen, dass die arabische Poesie den
Löwenanteil hat. Das finde ich absolut normal. In allen Ländern der Welt ist es
die Sprache des Volkes, die am meisten gefragt ist...
132 Jahre barbarischer
Kolonialismus haben es nicht geschafft, diese Sprache auszurotten.
Wahrscheinlich, weil sie ihre Kraft aus dem Koran bezieht...
Ja! Die Poesie in arabischer
Sprache bleibt das Genre der Mehrheit der algerischen Schriftsteller. Dies
bezeugen zahlreiche Veröffentlichungen (Gedichtbände, Zeitungen und
Zeitschriften...).
Dies wird auch von den
Experten bestätigt.
Welchen allgemeinen Stellenwert
nimmt die Poesie im zeitgenössischen Algerien ein?
Sie hat einen sehr
ehrenwerten Stellenwert. Ich meine damit die gesamte Poesie in arabischer,
berberischer und französischer Sprache ...
Welche Rolle kann und
soll der Dichter in der Gesellschaft spielen?
Die Rolle des Dichters muss
weltweit von Großmut und Menschlichkeit gekennzeichnet sein. Die Poesie muss
auch immer bereit sein, schnell alles anzuprangern, was auf dieser Welt nicht
rund läuft! Sie muss an allem Kritik ausüben, was der Menschheit schadet! Und
nicht nur! Sie muss auch die Tier- und Pflanzenwelt verteidigen! ...
Es ist bedauerlich, dass
nicht alle Dichter Großmut und Menschlichkeit besitzen.
Einige haben ihre Zungen so
sehr für raue und ungesunde Dinge abgenutzt, dass sie sie nicht mehr im Mund
halten können.
Fausto Giudice, Tlaxcala, 2/7/2025
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Ils étaient nés le même mois de la même année, ils sont morts la même année, à onze mois de distance. Ce n’étaient pas leurs seuls points communs. Tous deux étaient des combattants de l’Afrique en lutte pour sa décolonisation. Et tous deux ont laissé une marque indélébile dans la longue mémoire des peuples. Patrice Emery Lumumba était né le 2 juillet 1925 au Congo, Frantz Fanon était né en Martinique le 20 juillet. Le premier, éphémère Premier ministre du Congo à peine indépendant, avait, par son discours de prise de fonction en présence du roi Baudouin, signé son arrêt de mort. Il fut kidnappé, torturé et exécuté par une bande de tueurs katangais, belges et français avec la bénédiction de la CIA, le 17 janvier 1961.
Le second, Frantz Ibrahim Omar Fanon, devait mourir de leucémie en décembre 1961. Les deux hommes s’étaient connus (en 1958, au Ghana et en 1960 au Congo) et s’appréciaient mutuellement. Et avant tout, ils partageaient la conviction que les peuples africains ne pourraient s’émanciper réellement qu’en s’unissant, en se coordonnant contre leur ennemi commun. Frantz Fanon, qui contribua de manière décisive à la dimension panafricaniste du FLN algérien, écrivit le texte puissant et admirable ci-dessous, publié un mois après la mort de Lumumba, dans Afrique Action, l’hebdomadaire créé quelques mois auparavant à Tunis par Béchir Ben Yahmed, et qui allait devenir Jeune Afrique. Après ce texte, nous vous proposons un poème de Langston Hughes, le grand poète de la Renaissance de Harlem et deux chansons, la première du chanteur congolais Franco et son groupe l’OK Jazz, et la seconde du Cubain Carlos Pueblo. Notre manière de marquer le centenaire de la naissance de Lumumba.
Frantz Fanon
La mort de Lumumba :
Pouvions-nous faire autrement ?
Afrique Action, Tunis, N° 19, 20 février 1961
Repris dans Frantz Fanon, Pour la révolution africaine. François
Maspero/La Découverte. 1964/1969/2001
Les observateurs qui se sont
trouvés dans les capitales africaines pendant le mois de juin 1960 pouvaient se
rendre compte d’un certain nombre de choses. De plus en plus nombreux, en
effet, d’étranges personnages venus d’un Congo à peine apparu sur la scène
internationale s’y succédaient.
Que disaient ces Congolais ? Ils disaient n’importe quoi. Que Lumumba était
vendu aux Ghanéens. Que Gizenga était acheté par les Guinéens, Kashamura par
les Yougoslaves. Que les civilisateurs belges partaient trop tôt, etc...
Mais si l’on s’avisait d’attraper
dans un coin un de ces Congolais, de l’interroger, alors on s’apercevait que
quelque chose de très grave se tramait contre l'indépendance du Congo et contre
l’Afrique.
Des sénateurs, des députés
congolais aussitôt après les fêtes de l’indépendance se sauvaient hors du Congo
et se rendaient... aux États-Unis. D’autres s'installaient pour plusieurs semaines
à Brazzaville. Des syndicalistes étaient invités à New-York. Là encore, si l’on
prenait l’un de ces députés ou de ces sénateurs dans un coin et qu’on
l’interrogeait, il devenait patent que tout un processus très précis allait se
mettre en route.
Dès avant le 1er juillet
1960, l’opération Katanga était lancée. Son but ? Bien sûr, sauvegarder l’Union
Minière. Mais au-delà de cette opération, c’est une conception belge qui était
défendue. Un Congo unifié, avec un gouvernement central, allait à l’encontre
des intérêts belges. Appuyer les revendications décentralisatrices des diverses
provinces, susciter ces revendications, les alimenter, telle était la politique
belge avant l’indépendance.
Dans leur tâche, les Belges
étaient aidés par les autorités de la Fédération Rhodésies-Nyassaland. On sait
aujourd’hui, et M. Hammarskjöld mieux que quiconque, qu’avant le 30 juin 1960,
un pont aérien Salisbury-Elisabethville alimentait le Katanga en armes. Lumumba
avait certain jour proclamé que la libération du Congo serait la première phase
de la complète indépendance de l’Afrique centrale et méridionale et il avait
très précisément fixé ses prochains objectifs : soutien des mouvements
nationalistes en Rhodésie, en Angola, en Afrique du Sud.
Un Congo unifié ayant à sa tête
un anticolonialiste militant constituait un danger réel pour cette Afrique
sudiste, très proprement sudiste, devant laquelle le reste du monde se voile la
face. Nous voulons dire devant laquelle le reste du monde se contente de
pleurer, comme à Sharpeville, ou de réussir des exercices de style à l’occasion
des journées anticolonialistes. Lumumba, parce qu’il était le chef du premier
pays de cette région à obtenir l’indépendance, parce qu’il savait concrètement
le poids du colonialisme, avait pris l’engagement au nom de son peuple de
contribuer physiquement à la mort de cette Afrique-là. Que les autorités du
Katanga et celles du Portugal aient tout mis en œuvre pour saboter
l’indépendance du Congo ne nous étonne point. Qu’elles aient renforcé l’action
des Belges et augmenté la poussée des forces centrifuges au Congo est un fait.
Mais ce fait n’explique pas la détérioration qui s’est installée
progressivement au Congo, ce fait n’explique pas l’assassinat froidement
décidé, froidement mené de Lumumba, cette collaboration colonialiste au Congo
est insuffisante à expliquer pourquoi en février 1961 l’Afrique va connaître
autour du Congo sa première grande crise.
Sa première grande crise car il
faudra qu’elle dise si elle avance ou si elle recule. Il faudra qu’elle
comprenne qu’il ne lui est plus possible d’avancer par régions, que, comme un
grand corps qui refuse toute mutilation, il lui faudra avancer en totalité,
qu’il n’y aura pas une. Afrique qui se bat contre le colonialisme et une autre
qui tente de s’arranger avec le colonialisme. Il faudra que l’Afrique,
c’est-à-dire les Africains, comprennent qu’il n’y a jamais de grandeur à
atermoyer et qu’il n’y a jamais de déshonneur à dire ce que l’on est et ce que
l’on veut et qu’en réalité l’habileté du colonisé ne peut être en dernier
ressort que son courage, la conception lucide de ses objectifs et de ses
alliances, la ténacité qu’il apporte à sa libération.
Lumumba croyait en sa mission. Il
avait une confiance exagérée dans le peuple. Ce peuple, pour lui, non seulement
ne pouvait se tromper, mais ne pouvait être trompé. Et de fait, tout semblait
lui donner raison. Chaque fois par exemple que dans une région les ennemis du
Congo arrivaient à soulever contre lui l’opinion, il lui suffisait de paraître,
d’expliquer, de dénoncer, pour que la situation redevienne normale. Il oubliait
singulièrement qu’il ne pouvait être partout à la fois et que le miracle de l'explication
était moins la vérité de ce qu’il exposait que la vérité de sa personne.
Lumumba avait perdu la bataille
pour la présidence de la République. Mais parce qu’il incarnait d’abord la
confiance que le peuple congolais avait mise en lui, parce que confusément les
peuples africains avaient compris que lui seul était soucieux de la dignité de
son pays, Lumumba n’en continua pas moins à exprimer le patriotisme congolais
et le nationalisme africain dans ce qu’ils ont de plus rigoureux et de plus
noble.
Alors d’autres pays beaucoup plus
importants que la Belgique ou le Portugal décidèrent de s’intéresser
directement à la question. Lumumba fut contacté, interrogé. Après son périple
aux États-Unis la décision était prise : Lumumba devait disparaître.
Pourquoi ? Parce que les ennemis
de l’Afrique ne s’y étaient pas trompés. Ils s’étaient parfaitement rendu
compte que Lumumba était vendu, vendu à l’Afrique s’entend. C’est-à-dire qu’il
n’était plus à acheter.
Les ennemis de l’Afrique se sont
rendu compte avec un certain effroi que si Lumumba réussissait, en plein cœur
du dispositif colonialiste, avec une Afrique française se transformant en
communauté rénovée, une Angola « province portugaise » et enfin l’Afrique
orientale, c’en était fini de « leur » Afrique au sujet de laquelle ils avaient
des plans très précis.
Le grand succès des ennemis de
l’Afrique, c’est d’avoir compromis les Africains eux-mêmes. Il est vrai que ces
Africains étaient directement intéressés par le meurtre de Lumumba. Chefs de
gouvernements fantoches, au sein d’une indépendance fantoche, confrontés jour
après jour à une opposition massive de leurs peuples, ils n’ont pas été longs à
se convaincre que l’indépendance réelle du Congo les mettrait personnellement
en danger.
Et il y eut d’autres Africains,
un peu moins fantoches, mais qui s’effraient dès qu’il est question de
désengager l’Afrique de l’Occident. On dirait que ces Chefs d’Etat africains
ont toujours peur de se trouver en face de l’Afrique. Ceux-là aussi, moins
activement, mais consciemment, ont contribué à la détérioration de la situation
au Congo. Petit à petit, on se mettait d’accord en Occident qu’il fallait
intervenir au Congo, qu’on ne pouvait pas laisser les choses évoluer à ce
rythme.
Petit à petit, l’idée d’une
intervention de l’ONU prenait corps. Alors on peut dire aujourd’hui que deux
erreurs simultanées ont été commises par les Africains.
Et d’abord par Lumumba quand il
sollicita l’intervention de l’ONU. Il ne fallait pas faire appel à l’ONU. L’ONU
n’a jamais été capable de régler valablement un seul des problèmes posés à la
conscience de l’homme par le colonialisme, et chaque fois qu’elle est intervenue,
c’était pour venir concrètement au secours de la puissance colonialiste du pays
oppresseur.
Voyez le Cameroun. De quelle paix
jouissent les sujets de M. Ahidjo tenus en respect par un corps expéditionnaire
français qui, la plupart du temps, a fait ses premières armes en Algérie ?
L’ONU a cependant contrôlé l’autodétermination du Cameroun et le gouvernement
français y a installé un « exécutif provisoire ».
Voyez le Viet-Nam.
Voyez le Laos.
Il n'est pas vrai de dire que
l’ONU échoue parce que les causes sont difficiles.
En réalité l'ONU est la carte
juridique qu'utilisent les intérêts impérialistes quand la carte de la force
brute a échoué.
Les partages, les commissions
mixtes contrôlées, les mises sous tutelle sont des moyens légaux internationaux
de torturer, de briser la volonté d'indépendance des peuples, de cultiver
l’anarchie, le banditisme et la misère.
Car enfin, avant l’arrivée de
l’ONU, il n’y avait pas de massacres au Congo. Après les bruits hallucinants
propagés à dessein à l'occasion du départ des Belges, on ne comptait qu’une
dizaine de morts. Mais depuis l’arrivée de l’ONU on a pris l'habitude chaque
matin d’apprendre que les Congolais par centaines s’entremassacraient.
Lumumba était noir
Et il ne faisait pas confiance
À ces putains toutes poudrées
De poussière d’uranium.
Lumumba était noir
Et il ne croyait pas
À ces mensonges que les voleurs agitaient
Dans leur tamis « liberté ».
Lumumba était noir.
Son sang était rouge —
Et pour avoir été un homme
Ils l’ont tué.
Ils ont enterré Lumumba
Dans une tombe sans épitaphe.
Mais il n’a pas besoin d’épitaphe —
Car l’air est sa tombe.
Le soleil est sa tombe,
La lune l’est, les étoiles le sont,
L’espace est sa tombe.
Mon cœur est sa tombe,
Et là est son épitaphe.
Demain son épitaphe sera
Partout.
Traduction : Pascal Neveu, dans La panthère et le
fouet, éditions YPSILON
Un
exemple de propagande coloniale sur le Congo au moment de la Conférence
panafricaine de fin août 1960. On peut voir Fanon avec Yazid à partir de 0 :17
On nous dit aujourd’hui que des
provocations répétées furent montées par des Belges déguisés en soldats de
l’Organisation des Nations Unies. On nous révèle aujourd'hui que des
fonctionnaires civils de l'ONU avaient en fait mis en place un nouveau
gouvernement le troisième jour de l'investiture de Lumumba. Alors on comprend
beaucoup mieux ce que l’on a appelé la violence, la rigidité, la susceptibilité
de Lumumba.
Tout montre en fait que Lumumba
fut anormalement calme.
Les chefs de mission de l’ONU
prenaient contact avec les ennemis de Lumumba et avec eux arrêtaient des
décisions qui engageaient l’État du Congo. Comment un chef de gouvernement
doit-il réagir dans ce cas ? Le but recherché et atteint est le suivant :
manifester l’absence d’autorité, prouver la carence de l’État.
Donc motiver la mise sous
séquestre du Congo.
Le tort de Lumumba a été alors
dans un premier temps de croire en l'impartialité amicale de l’ONU. Il oubliait
singulièrement que l’ONU dans l’état actuel n'est qu’une assemblée de réserve,
mise sur pied par les Grands, pour continuer entre deux conflits armés la «
lutte pacifique » pour le partage du monde. Si M. Iléo en août 1960 affirmait à qui
voulait l’entendre qu'il fallait pendre Lumumba, si les membres du cabinet
Lumumba ne savaient que faire des dollars qui, à partir de cette époque,
envahirent Léopoldville, enfin un Mobutu tous les soirs se rendait à
Brazzaville pour y faire et y entendre ce que l'on devine mieux aujourd'hui,
pourquoi alors s’être tourne avec une telle sincérité, une telle absence de
réserve vers l’ONU ?
Les Africains devront se souvenir
de cette leçon. Si une aide extérieure nous est nécessaire, appelons nos amis.
Eux seuls peuvent réellement et totalement nous aider à réaliser nos objectifs
parce que précisément, l'amitié qui nous lie à eux est une amitié de combat.
Mais les pays africains de leur
côté, ont commis une faute en acceptant d’envoyer leurs troupes sous le couvert
de l'ONU. En fait, ils admettaient d'être neutralisés et sans s’en douter,
permettaient aux autres de travailler.
Il fallait bien sûr envoyer des
troupes à Lumumba, mais pas dans le cadre de l’ONU. Directement. De pays ami à
pays ami. Les troupes africaines au Congo ont essuyé une défaite morale
historique. L’arme au pied, elles ont assisté sans réagir (parce que troupes de
l’ONU) à la désagrégation d’un État et d’une nation que l’Afrique entière avait
pourtant salués et chantés. Une honte.
Notre tort à nous Africains, est
d’avoir oublié que l’ennemi ne recule jamais sincèrement. Il ne comprend
jamais. Il capitule, mais ne se convertit pas. Notre tort est d’avoir cru que
l’ennemi avait perdu de sa combativité et de sa nocivité. Si Lumumba gêne,
Lumumba disparaît. L'hésitation dans le meurtre n’a jamais caractérisé
l’impérialisme.
Voyez Ben M’Hidi, voyez Moumié, voyez
Lumumba. Notre tort est d'avoir été légèrement confus dans nos démarches. Il
est de fait qu’en Afrique, aujourd’hui, les traîtres existent. Il fallait les
dénoncer et les combattre. Que cela soit dur après le rêve magnifique d’une
Afrique ramassée sur elle-même et soumise aux mêmes exigences d’indépendance
véritable ne change rien à la réalité.
Des Africains ont cautionné la
politique impérialiste au Congo, ont servi d’intermédiaires, ont cautionné les
activités et les singuliers silences de l’ONU au Congo.
Aujourd'hui ils ont peur. Ils
rivalisent de tartufferies autour de Lumumba déchiqueté. Ne nous y trompons
point, ils expriment la peur de leurs mandants. Les impérialistes eux aussi ont
peur. Et ils ont raison car beaucoup d’Africains, beaucoup d’Afro-Asiatiques
ont compris. Les impérialistes vont marquer un temps d’arrêt. Ils vont attendre
que « l’émotion légitime » se calme. Nous devons profiter de ce court répit
pour abandonner nos craintives démarches et décider de sauver le Congo et
l’Afrique.
Les impérialistes ont décidé
d’abattre Lumumba. Ils l’ont fait. Ils ont décidé de constituer des légions de
volontaires. Elles sont déjà sur place.
L’aviation katangaise sous les
ordres de pilotes sud-africains et belges a commencé depuis plusieurs jours les
mitraillages au sol. De Brazzaville, des avions étrangers se rendent bondés de
volontaires et d’officiers parachutistes au secours d’un certain Congo.
Si nous décidons de soutenir
Gizenga, nous devons le faire résolument.
Car nul ne connaît le nom du prochain Lumumba. Il y a en Afrique une certaine tendance représentée par certains hommes. C’est cette tendance dangereuse pour l’impérialisme qui est en cause. Gardons-nous de ne jamais l’oublier : c’est notre sort à tous qui se joue au Congo.
Langston Hughes
TOMBE DE
LUMUMBA
Lumumba était noir
Et il ne faisait pas confiance
À ces putains toutes poudrées
De poussière d’uranium.
Lumumba était noir
Et il ne croyait pas
À ces mensonges que les voleurs agitaient
Dans leur tamis « liberté ».
Lumumba était noir.
Son sang était rouge —
Et pour avoir été un homme
Ils l’ont tué.
Ils ont enterré Lumumba
Dans une tombe sans épitaphe.
Mais il n’a pas besoin d’épitaphe —
Car l’air est sa tombe.
Le soleil est sa tombe,
La lune l’est, les étoiles le sont,
L’espace est sa tombe.
Mon cœur est sa tombe,
Et là est son épitaphe.
Demain son épitaphe sera
Partout.
Traduction : Pascal Neveu, dans La panthère et le fouet, éditions YPSILON
Franco & L'O.K. Jazz
Liwa Ya Emery
La mort d'Emery
Oh mawa
vraiment na liwa ya Patrice
Oh comme c'est
triste, tellement triste, que Patrice soit mort.
Oh ndenge nini
tokolela ye
Oh comment
allons-nous pleurer pour lui ?
Tango ekoki te
Ce n'était pas
encore le moment.
Lumumba Patrice
akeyi na mawa
Lumumba Patrice
est malheureusement décédé.
Bationalistes
balati mpiri
Les
nationalistes sont tous en noir.
Po na liwa ya
martyr Emery, ngo mawa
Nous pleurons
la mort d'Emery, le martyr, oh, quelle tristesse !
Lumumba, soki
okoyoko ngai
Lumumba, si tu
m'entends
Banationalistes
bomana pasi
Les
nationalistes sont persécutés.
Po na kombo
ya MNC
Parce qu'ils
appartiennent au MNC (Mouvement National Congolais)
Zonga mbala ata
ya suka
Reviens, même
pour la dernière fois
Tokumisa yo na kombo ya Uhuru
Pour que nous
puissions te louer au nom d'Uhuru (liberté)
Lumumba akofeli
lUnité Nationale
Lumumba a été
assassiné parce qu'il voulait que notre pays reste uni
Oh bana na ye
nani akobokolo
Oh, qui élèvera ses enfants ?
Carlos Puebla
Ce crime impérialiste
L'univers le condamne
C'est la fin de la chaîne
Du credo colonialiste
Tout le mal qu'ils ont fait
Tout le mal
Ils devront très bientôt le payer
Ils croient qu'en tuant Lumumba
Leur triomphe est sûr et certain
Mais ils ne savent pas qu'il y a des morts
Qui ne se laissent pas ensevelir.
Tout le mal qu'ils ont fait
Tout le mal
Ils devront très bientôt le payer
Ils n'ont pas pris en compte
Quelque chose de fondamental
Qu'ils ne pourront jamais tuer
Ce qu'il représente
Tout le mal qu'ils ont fait
Tout le mal
Ils devront très bientôt le payer
Lumumba, en son nom, clôt
Ce qui ne tient pas dans la tombe
Il n'y a pas de tombe pour Lumumba
Car la lumière ne s'enterre pas
Tout le mal qu'ils ont fait
Tout le mal
Ils devront très bientôt le payer
Lumumba est aujourd'hui le chant profond
de la foi qui se fait entendre
Lumumba poursuit la lutte
Pour la liberté du monde
Tout le mal qu'ils ont fait
Tout le mal
Ils devront très bientôt le payer